{"id":75,"date":"2015-08-14T13:26:23","date_gmt":"2015-08-14T11:26:23","guid":{"rendered":"http:\/\/emilie.paris\/blog\/?p=75"},"modified":"2020-03-09T15:11:11","modified_gmt":"2020-03-09T14:11:11","slug":"vague-a-lame","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/emilie.paris\/blog\/2015\/08\/14\/vague-a-lame\/","title":{"rendered":"Vague \u00e0 l&rsquo;\u00e2me"},"content":{"rendered":"<p>Une bouteille vient orner le paysage de son quotidien. Il aime les jolies \u00e9tiquettes mais difficile de distinguer l\u2019\u00e9criture de loin. Avec beaucoup d\u2019attention, curieux et anim\u00e9 par une irr\u00e9sistible envie, il suppose :\u00a0\u00ab\u00a0Ch\u00e2teau Cheval Blanc\u00a0\u00bb. Le myst\u00e8re prend place, un nouveau monde ensoleill\u00e9 hante ses divines r\u00eaveries, il imagine une robe grise s\u2019\u00e9claircir avec le temps dans le cristal accueillant de son \u00e2me. On \u00ab\u00a0Henri\u00a0\u00bb au galop. Il semble apercevoir sous l\u2019appellation : 1984, co\u00efncidence subliminale, il est amoureux.<\/p>\n<p>Les jours puis les mois passent, rien ne tr\u00e9passe, il l\u2019observe, silencieux.<\/p>\n<p>Majestueuse la bouteille sombre l\u2019attire sans cesse, il pense \u00e0 la complexit\u00e9 qu\u2019elle d\u00e9gage, \u00e0 son \u00e9l\u00e9gante fra\u00eecheur. Il esp\u00e9rerait tant la go\u00fbter en trinquant \u00e0 la sant\u00e9 de tous les grains de sable qui l&rsquo;\u00e9l\u00e8vent royalement. Si seulement il pouvait lire l\u2019\u00e9tiquette, savoir d\u2019o\u00f9 elle vient et la raison de sa mise en valeur \u00e9vidente. Son histoire l\u2019intrigue, on passe, on la regarde, on la manipule d\u00e9licatement. Elle illumine les alentours \u00e0 travers le peu de lumi\u00e8re dont elle a droit, c\u2019est \u00e9blouissant. Elle r\u00e9side, attirante, admir\u00e9e, envi\u00e9e, sublim\u00e9e tel un joyau rare, un rubis qui fait tourner les aiguilles du temps au rythme des battements de son corps et quel corps\u00a0!<\/p>\n<p>Lui jalouse ses semblables, il est le verre qu\u2019il lui faut, il le sait, il la veut, il jubile. Il a l\u2019\u00e2me du lion rugissant et hume gravement le sol argileux. Il est la couleur qu\u2019elle sugg\u00e8re, sa paraison large et profonde l\u2019accueillera goul\u00fbment. Il a la jambe haute\u00a0parcourant son ventre \u00e9tiquet\u00e9 afin d\u2019\u00e9pouser ses \u00e9paules, le pied hexagonal festonn\u00e9 pour son jable, le d\u00e9cor taill\u00e9 et unique pour l\u2019harmonie des ar\u00f4mes tout droit sortis de son col \u00e9troit laissant deviner une bague parfaitement ajust\u00e9e. Il attend le cheval indomptable d\u00e9j\u00e0 dress\u00e9 face \u00e0 l\u2019obstacle bouchonn\u00e9 qui, plein de puissance, hennit ses origines.<\/p>\n<p>Les mois puis les ann\u00e9es passent, rien ne tr\u00e9passe, il l\u2019observe, patiemment.<\/p>\n<p>Le ma\u00eetre des lieux caresse du regard la d\u00e9sir\u00e9e et murmure intimement \u00ab\u00a0Mon Saint-\u00c9milion\u00a0\u00bb. Incroyable, une girondine, le verre avait jaug\u00e9 les bonnes formes. Une table ronde \u00e9clair\u00e9e d\u2019une bougie \u00e0 la cire chaude invite la bouteille et le verre au milieu de la cave aux merveilles. Dans une intimit\u00e9 g\u00eanante, le ma\u00eetre les abandonne un court instant afin de s\u2019armer d\u2019un couteau de sommelier. Le temps n\u2019a plus d\u2019\u00e2ge, l\u2019aiR est humide, le verre chante, la temp\u00e9rature semble de circonstance.<\/p>\n<p>La coupe de la capsule est nette et droite. Une fois le bouchon d\u00e9licatement retir\u00e9, le vin prend l\u2019aiR et la bouteille d\u00e9nud\u00e9e peut enfin s\u2019exprimer. M\u00e9ritante d\u2019un tel rituel, pourtant discr\u00e8te, elle lib\u00e8re quelques effluves enivrantes qui font chavirer le verre de bonheur. Le ma\u00eetre ne tarde gu\u00e8re et la couleur tuil\u00e9e de sa robe s\u2019\u00e9coule pr\u00e9cieusement le long de la chemin\u00e9e du verre scintillant. C\u2019est une mar\u00e9e pleine de sensualit\u00e9, un \u00e9lan d\u00e9licat inoubliable, un instant pr\u00e9cieux tant attendu. Le vin s\u2019installe fi\u00e8rement dans le verre dansant au creux de la main du ma\u00eetre autour de la bouteille illustr\u00e9e si finement, de pr\u00e8s c\u2019est encore plus intimidant.<\/p>\n<p>A la n\u00f4tre mon amour, que cette nuit soit notre ivresse !<\/p>\n<p>Le vin divin n\u2019est plus. La table, le verre et la bouteille demeurent dans l&rsquo;odeur la cire sculpt\u00e9e par la flamme magique de la nuit fruit\u00e9e. Le crime est parfait et ce jusqu\u2019\u00e0 la lie d\u00e9corative. Le tableau suffit \u00e0 imaginer l\u2019intensit\u00e9 du partage charnel de ce premier grand cru class\u00e9 X. Quant au mill\u00e9sime, consid\u00e9r\u00e9 comme le plus difficile de sa d\u00e9cennie, la surprise est franche, merci Cabernet, Merlot a souffert, h\u00e9las ! Vague \u00e0 l\u2019\u00e2me, le verre et la bouteille ne resteront vides qu&rsquo;en appaRence.<\/p>\n<p>\u00a9 Emilie Z\u00e9beRt<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une bouteille vient orner le paysage de son quotidien. Il aime les jolies \u00e9tiquettes mais difficile de distinguer l\u2019\u00e9criture de loin. Avec beaucoup d\u2019attention, curieux et anim\u00e9 par une irr\u00e9sistible envie, il suppose :\u00a0\u00ab\u00a0Ch\u00e2teau Cheval Blanc\u00a0\u00bb. 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