{"id":591,"date":"2017-09-07T09:52:25","date_gmt":"2017-09-07T07:52:25","guid":{"rendered":"http:\/\/emilie.paris\/blog\/?p=591"},"modified":"2020-03-21T00:18:31","modified_gmt":"2020-03-20T23:18:31","slug":"la-balle-aux-bons","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/emilie.paris\/blog\/2017\/09\/07\/la-balle-aux-bons\/","title":{"rendered":"La balle aux bons"},"content":{"rendered":"<p>Mia tombe au milieu des roues glissantes du boulevard des Capucines. La transparence de son chemisier blanc accuse la pluie battante sous le regard d\u2019un journaliste. Elle sortait du Grand H\u00f4tel faire la paix au caf\u00e9 du coin et n\u2019avait qu\u2019une chaussure pour ses deux pieds. C\u2019\u00e9tait un accident.<\/p>\n<p>Le corps \u00e9tendu sur le froid du bitume ne r\u00e9pond plus \u00e0 l\u2019agitation. Le seul scandale qui l\u2019anime est le souvenir de cette nuit pass\u00e9e dans les yeux de son amant.<\/p>\n<p>Le temps mort n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 siffl\u00e9, Mia joue encore, inconsciente de son \u00e9tat physique : le ballon est pour l\u2019\u00e9quipe adverse dont le meneur est son amant, num\u00e9ro quatre, m\u00eame poste, m\u00eame chambre. Seul un magn\u00e9tisme extr\u00eame pouvait attirer ces deux joueurs en qu\u00eate de victoire sur un terrain glissant. L\u2019entre-deux \u00e9tait plus fort qu\u2019une frappe haute et directe. Le match ne pouvait d\u00e9buter par une simple action, ce f\u00fbt un accrochage de dribbles entre les jambes et derri\u00e8re le dos que la technique de Mia mena en huit secondes vers une passe d\u00e9cisive \u00e0 son ailier pour un tir direct \u00e0 trois points. Son ailier \u00e9tait sa vie d\u2019artiste. Elle dansait volontiers dans le restaurant de sa responsabilit\u00e9 o\u00f9 ils se sont rencontr\u00e9s. Elle y contait les plats du jour aromatis\u00e9s d\u2019envie, lui \u00e9ternisait ses d\u00e9jeuners d\u2019affaires. Ils se cherchaient gaiement. Cette luxueuse brasserie \u00e9tait le pari du vieil ami pour qui elle entra\u00eenait la comp\u00e9tition financi\u00e8re de ses services. Une d\u00e9fense de zone s\u2019organisait mais Mia comprit rapidement que la vision globale du jeu ne suffirait pas car son amant \u00e9tait un soleil aixois \u00e9l\u00e9gant du coude, pli\u00e9 correctement dans l\u2019axe, \u00e0 la main dessin\u00e9e pour un joli tir. L\u2019attaque de ce dernier f\u00fbt franche, les autres criaient l\u2019alerte tandis que Mia caressait une d\u00e9fense individuelle ressentant une attirance peu commune, une \u00e9vidence de vie, une concordance d\u2019actes irr\u00e9sistiblement profonde. Ils savouraient la m\u00eame potion piment\u00e9e d\u2019humour. D\u00e8s sa premi\u00e8re action, l\u2019amant ajouta deux points, seul, illumin\u00e9, r\u00e9sultat d\u2019une feinte de passe impr\u00e9visible qui trompa tout le monde. Elle, roul\u00e9e dans son bras sculpt\u00e9 de provocation, n\u2019\u00e9tait pas dupe. Le premier quart temps, rythm\u00e9 d\u2019un sans fautes, \u00e9tait une d\u00e9couverte en suspension de partage physiquement intense et semblable \u00e0 deux r\u00e9volt\u00e9s.<\/p>\n<p>Le pivot d\u2019en face \u00e9coutait la voix de son amant accompagn\u00e9e de quelques accords de guitare appris lors d\u2019une contre attaque qu\u2019il ne fallait pas oublier. Mener chaque action avait son importance, rien n\u2019\u00e9tait laiss\u00e9 au hasard. Pourtant, ces deux-l\u00e0 n\u2019avaient pas pr\u00e9vu un tel orage laissant sur la touche leurs compagnons respectivement amoureux d\u2019une idylle choy\u00e9e. D\u00e9fense \u00e0 Aix-en-Provence, changement de terrain \u00e0 Londres, quelques lancers francs de Rome \u00e0 Barcelone o\u00f9 claquaient les double pas dans les ruelles. Ils smashaient sur les \u00e9crans et r\u00e9galaient les vrais champions aux baskets us\u00e9es dans les sous-sols parisiens. L\u2019arbitraire de Mia narguait les prolongations avant toute fin possible. Son amant comptait les trois secondes dans la raquette punissant son corps de plaisirs. Le d\u00e9lai \u00e9tait impatient, comme eux. Il y e\u00fbt un aiR ball vers Duba\u00ef que l\u2019amant voulait chanter \u00e0 Mia sans r\u00e9cup\u00e9rer le rebond. Ils se bless\u00e8rent, il lui d\u00e9chira le maillot d\u2019un coup sec des seins jusqu\u2019\u00e0 la taille, un trait direct, droit et violent d\u00e8s sa remise en jeu. Les quelques fautes offensives suivantes ne pouvaient \u00eatre qu\u2019excessives. Mia accusa maladroitement une reprise de dribble. Lui l\u2019encha\u00eena sur un traveling r\u00e9galant les foules. Il ne s\u2019agissait plus de gagner un titre nomm\u00e9, ils s\u2019excitaient repoussant les limites plus loin. Les \u00e9crans survolaient le restaurant amus\u00e9 de Mia o\u00f9 il d\u00e9pensait son temps. Un regard suffisait aux amants r\u00e9guliers. Eux seuls embrassaient le danger, devinaient l\u2019\u00e9preuve qui en d\u00e9coulerait in\u00e9vitablement. Les \u00e9quipes vivaient leur face \u00e0 face telle une vie r\u00eav\u00e9e, ils savaient que ce match changerait la donne. Quelques minutes ont renvers\u00e9 leurs techniques de jeu infaillibles, leurs ma\u00eetrises de pr\u00e9voyance et leurs visions toutes faites si semblables. Il n\u2019y avait pas de retour possible. Il lui d\u00e9montra avec pr\u00e9cision comment relever le coude pour marquer \u00e0 tous les coups \u00e0 domicile et provoqua l\u2019accident \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait la mi-temps. Un passage en force de son amant suffit \u00e0 r\u00e9animer le corps de Mia dos aux cancans parisiens. Il remit chaussure \u00e0 son pied et l\u2019emmena au soleil de ses pulsions. Il savait pertinemment qu\u2019elle jetterait tout \u00e0 terre pour continuer la rigolade. Ce sont deux ma\u00eetres en la mati\u00e8re. Ils d\u00e9criront plus vite les premiers jours du reste de leurs vies, les yeux mouill\u00e9s de sel, et souriront \u00e0 la folie des jours heureux.<\/p>\n<p>Si vous croisez deux dr\u00f4les de meneurs dans un des h\u00e9misph\u00e8Res, sifflez leur donc la suite, ils n\u2019attendent que \u00e7a !<\/p>\n<p>\u00a9 Emilie Z\u00e9beRt<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mia tombe au milieu des roues glissantes du boulevard des Capucines. La transparence de son chemisier blanc accuse la pluie battante sous le regard d\u2019un journaliste. 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