{"id":429,"date":"2016-09-05T18:02:15","date_gmt":"2016-09-05T16:02:15","guid":{"rendered":"http:\/\/emilie.paris\/blog\/?p=429"},"modified":"2020-03-18T10:10:43","modified_gmt":"2020-03-18T09:10:43","slug":"ivresse","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/emilie.paris\/blog\/2016\/09\/05\/ivresse\/","title":{"rendered":"Ivresse"},"content":{"rendered":"<p>Le foulard humide et sal\u00e9 de m\u00e9lancolie temp\u00e8re le chemin d\u2019Apolline. Un chat gris freine ses pas sous la lune rousse d\u2019un \u00e9t\u00e9 chaud pour la saison. Elle ancre son regard vers le sous-bois \u00e0 la recherche du malin cach\u00e9. Curieuse, elle s\u2019agenouille en silence articul\u00e9 de d\u00e9licatesse. Le temps des aiguilles implore ses songes. Apolline s\u2019isole dans la p\u00e9nombre d\u2019une nuit tourment\u00e9e par un jeune homme.<\/p>\n<p>Le grain de peau frissonnant, elle imagine ses belles mains caresser la sensible nuque d\u00e9voil\u00e9e sans pudeur. Loin de l\u2019abysse humaine, il semble s\u2019\u00e9lever au-dessus de l\u2019auguste montagne dont la couleur p\u00e9n\u00e8tre l\u2019horizon comme ses yeux en un regard. Une rencontre souffl\u00e9e de voix inattendue, Apolline n\u2019osait bavarder, le trouble envahit sans crier gare. Elle se souvient de la respiration bloqu\u00e9e \u00e0 l&rsquo;intimit\u00e9 de sa joue. Ce soir, il ne devait pas \u00eatre l\u00e0, il n\u2019aurait pas d\u00fb car il arracha \u00e0 jamais son coeur.<\/p>\n<p>Le sous-bois anim\u00e9 incite \u00e0 reposer ses grands yeux si tristes. Apolline inspire profond\u00e9ment afin de calmer l\u2019\u00e9touffante ardeur. Elle prend conscience de la moindre vie qui l\u2019entoure et sent cette symbiose admirable de connexion. Un concerto harmonise chaque bruissement. La plus curieuse des impressions r\u00e9sonne telle une \u00e9vidence oubli\u00e9e : toutes les grandes choses de ce monde s\u2019effondrent si nous perdons les petites. La nature nous l\u2019explique chaque jour, Apolline l\u2019entend.<\/p>\n<p>Le vent emporte la chaleur de son \u00e2me entre pollen et gouttes de larme. Elle ignore tout du jeune homme sauf l\u2019amour dont il souffrait sans retenue. Les l\u00e8vres de son visage coupaient le son de ses mots, elle n\u2019a pas \u00e9cout\u00e9 les murmures dans l\u2019aiR foudroyant de pulsions insoutenables. L&rsquo;unique de son \u00eatre lui plaisait magnifiant sa grandeur. Il \u00e9tait myst\u00e9rieux, Apolline l\u2019\u00e9tait pour lui. Inconsolable de passion, elle a saisi son trouble volant l\u2019insouciance qui l\u2019habitait autrefois.<\/p>\n<p>La moindre co\u00efncidence peine ses id\u00e9es. Le chat gris ne revient pas. Elle attend puisque tout ici le ram\u00e8ne \u00e0 lui. Le jeune homme ou le petit chat, c\u2019est \u00e9gal. Sans espoir l\u2019indiff\u00e9rence r\u00e8gne alors elle patientera, le temps n\u00e9cessaire. L\u2019\u00e2ge du ch\u00eane voisin, dont les glands s\u00e9duisent avidement le bon odorat de l\u2019\u00e9cureuil curieux de nouvelle pr\u00e9sence en ses lieux, interroge Apolline sur le nombre de jours loin de sa peau cicatris\u00e9e au coin de l\u2019oeil. \u00c9puis\u00e9e de souffrance, elle allonge son corps \u00e0 m\u00eame le sol s\u2019adonnant \u00e0 l\u2019\u00e9treinte du serpent, aux piq\u00fbres en tout genre et sangliers \u00e0 la charge.<\/p>\n<p>A son r\u00e9veil une douce sensation en bas du dos surprend Apolline. Le chat a veill\u00e9 aux c\u00f4t\u00e9s de ses r\u00eaves enroul\u00e9s des bras muscl\u00e9s puis emm\u00eal\u00e9s des longues jambes du bien-aim\u00e9. Mais le chat n\u2019est pas gris. La nuit \u00e9tait-elle enchanteresse d\u2019images ou le sous-bois a-t-il confondu l\u2019ombre et la lumi\u00e8re ? Perdue, Appoline embrasse le chat calico au museau rose p\u00e2le, les retrouvailles sont \u00e9ternellement ronronnantes. Elle se l\u00e8ve, d\u00e9gourdit son esprit, pas une blessure, juste cette petite boule de poils retrouv\u00e9e en chemin.<\/p>\n<p>Le flou de sa vision m\u00e8ne leurs pas au bout d\u2019un sentier fleuri de camomille. Soudain son coeur bat la chamade, une silhouette repose au pied d\u2019un saule pleureur. Apolline s\u2019approche attentive, et, sous un chapeau de paille, un brin de bl\u00e9 en bouche, il est l\u00e0, l\u2019homme de ses tourments, l\u2019homme qui partage sa vie depuis tant d\u2019ann\u00e9es, l\u2019homme qui est moins jeune. C\u2019\u00e9tait donc lui qu\u2019elle cherchait et dont elle n\u2019entendait plus la voix car de jours en jours, l\u2019homme du premier n\u2019est plus celui du dernier. Qu\u2019en est-il de celui qui hante ses nuits ? Les pleurs ne seront que plus violents, avant elle savait. Mis\u00e9ricordieux, le chat les adopta, chemin faisant l\u2019ivResse du lendemain.<\/p>\n<p>\u00a9 Emilie Z\u00e9beRt<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le foulard humide et sal\u00e9 de m\u00e9lancolie temp\u00e8re le chemin d\u2019Apolline. Un chat gris freine ses pas sous la lune rousse d\u2019un \u00e9t\u00e9 chaud pour la saison. Elle ancre son regard vers le sous-bois \u00e0 la recherche du malin cach\u00e9. Curieuse, elle s\u2019agenouille en silence articul\u00e9 de d\u00e9licatesse. 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