{"id":241,"date":"2016-04-17T16:03:40","date_gmt":"2016-04-17T14:03:40","guid":{"rendered":"http:\/\/emilie.paris\/blog\/?p=241"},"modified":"2016-08-22T12:18:56","modified_gmt":"2016-08-22T10:18:56","slug":"par-ailleurs","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/emilie.paris\/blog\/2016\/04\/17\/par-ailleurs\/","title":{"rendered":"Par ailleurs"},"content":{"rendered":"<p>Lui s\u2019est tromp\u00e9 de sac pour voyager, nous aviserons sur place, pense-t-il, sans gravit\u00e9. L\u00e0-bas semble solutionner le probl\u00e8me d\u2019ici, l\u2019erreur para\u00eet futile de loin cependant Elle sait d\u2019avance l\u2019ampleur du drame qui assombrira l\u2019horizon de petits d\u00e9tails tels qu\u2019un sac inconfortable pour avancer des montagnes andines \u00e0 la c\u00f4te pacifique.<\/p>\n<p>Heureux de d\u00e9barquement, ils mangent les kilom\u00e8tres dans la bus mobile o\u00f9 cliquent les photos de l\u2019appareil annonciateur du concours dernier cri de touristes aux lampes frontales d\u00e9coratrices et coussins gonflables sortis pour l\u2019occasion. Les Bidochon en \u00e9quipement montagnard cramponn\u00e9s \u00e0 leur gourde prennent la pose du conqu\u00e9rant au majestueux Machu Picchu, le pied sur un rocher transport\u00e9 on ne sait comment du niveau de l\u2019oc\u00e9an jusqu\u2019au sommet, des si\u00e8cles auparavant. L\u2019allure certaine, mains sur les hanches, \u00ab\u00a0un, deux, trois\u00a0\u00bb, dix secondes plus tard, l\u2019insupportable \u00ab\u00a0cheese\u00a0\u00bb r\u00e9sonne pour les zygomatiques. \u00ab\u00a0C\u2019est dans la bo\u00eete mon ch\u00e9ri. Tu es tellement beau.\u00a0\u00bb Ah bon ? Cela reste aussi myst\u00e9rieux que les alentours ! Les \u00e9crans sociaux rendront hommage au clich\u00e9 et peut \u00eatre un cadre dans le salon, si madame veut bien. La saison du carnaval des voyageurs d\u00e9j\u00e0 vu d\u00e9guise les ridicules. L\u2019altitude faisant, la b\u00eatise innove. Pour gagner l\u2019avantage de l\u2019originalit\u00e9 en vogue devant l\u2019objectif polluant l\u2019aiR d\u2019effigie \u00e0 la technologie mouvante, chacun y met du sien sans la moindre retenue. En arri\u00e8re plan un chinois peut en cacher un autre : pris, les doigts dans le nez !<\/p>\n<p>Elle : \u00ab\u00a0Nous ne le ferons certainement qu\u2019une fois dans notre vie, le plus rapide serait de prendre le train pour s\u2019y rendre, qu\u2019en penses-tu ?\u00a0\u00bb<br \/>\nLui : \u00ab\u00a0On critique, on regrette les touristes qui engraissent les compagnies de ce syst\u00e8me et par manque de temps nous c\u00e9dons ! Je dois manger une glace.\u00a0\u00bb<br \/>\nElle : \u00ab\u00a0Oui mais j\u2019ai lu tant d\u2019histoires sur ce train\u2026\u00a0\u00bb<br \/>\nLui : \u00ab\u00a0Nous n\u2019avons pas d\u2019autre choix, allons payer ! Au moins je ne porterai plus ce foutu sac. \u00bb<br \/>\nLe moustique : \u00ab\u00a0Finalement, c\u2019est trop cher, moi, je n\u2019ai pas envie et puis je suis fatigu\u00e9, je resterai \u00e0 l\u2019h\u00f4tel.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Dans un d\u00e9sert somptueux de sel, les 4&#215;4 d\u2019aventuriers boliviens polluent le paysage o\u00f9 les guides r\u00e9alisent une vid\u00e9o gr\u00e2ce \u00e0 la perspective incroyable de r\u00e9flexion. L\u2019horizon sans fin permet le jeu et le prix de l\u2019exp\u00e9dition vaut bien des chips reconstitu\u00e9s \u00e9tats-uniens. Les consignes sont pr\u00e9cises. Le guide place le paquet de Pringles devant l\u2019objectif pos\u00e9 \u00e0 m\u00eame le sol, les touristes quarante m\u00e8tres plus loin doivent improviser. Moteur, \u00e7a tourne, action :\u00a0mimez l\u2019escalade d\u2019un ravin dangereux les uns derri\u00e8re les autres tels des explorateurs, retrouvez-vous de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, demi tour, accroupissez-vous pour entrer \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un tunnel obscur et mission accomplie, ressortez en dansant, heureux de r\u00e9aliser le clip de vos vacances, go\u00fbt Paprika. S\u00e9rieusement, on ajoute une musique locale au montage, rien de mieux que la bonne recette d\u2019un abrutissement touristique instantan\u00e9 et cerise sur le g\u00e2teau : les gens ( y compris Lui et Le moustique ) adorent ! En tant que spectatrice non sociable d\u2019un tel ph\u00e9nom\u00e8ne refusant une si chouette mise en sc\u00e8ne, le rire l\u2019\u00e9touffe. Elle n\u2019en revient pas, on feint le dommage collat\u00e9ral. Il faut le voir pour le croire. Ne sachant o\u00f9 se r\u00e9fugier, Elle \u00e9coute le sel sous ses pieds piquant de cristaux toute \u00e9blouie par l\u2019incroyable r\u00e9verb\u00e9ration des rayons du soleil. En route, il faut y aller. Trois jours durant, rien n\u2019arr\u00eate le circuit pr\u00e9vu. Douze \u00e9trangers embo\u00eet\u00e9s sur des si\u00e8ges de 4&#215;4 sur\u00e9quip\u00e9s aux fen\u00eatres ferm\u00e9es en garde du vent ravageur. Quelques minutes d\u2019arr\u00eat pour chaque environ \u00e0 couper le souffle, pas une de plus s&rsquo;il vous pla\u00eet. \u00c9tourdie, Elle ose, une fois, retarder la bande de cornichons pour qui seule compte l\u2019arriv\u00e9e avant les autres au refuge. Le guide bolivien anglicise \u00ab\u00a0fifteen minutes\u00a0\u00bb, Elle comprend fifty et montre en main arrache ses pas dans l\u2019aride \u00e0 la recherche de libert\u00e9, pr\u00e9cis\u00e9ment. Ces r\u00e8gles \u00e9coli\u00e8res de temporalit\u00e9 l\u2019oppressent, Elle enrage des dix heures de voiture dans les parages sculpt\u00e9s de pierres, du manque d\u2019activit\u00e9 physique, intellectuel et de respect pour cette nature g\u00e9n\u00e9reuse en couleur. De plus, la proximit\u00e9 avec la pire des jeunesses criarde am\u00e9ricaine hochant un \u00ab\u00a0yes\u00a0\u00bb \u00e0 chaque explication rudimentaire l\u2019angoisse. A son retour, le chauffeur dont la vie est un Dakar fait rugir son moteur, le guide se tait d\u2019impatience et les autres la fusillent du regard. Elle ne correspond pas et retarde le troupeau. Quant \u00e0 Lui, frapp\u00e9 un coup de trop par la chaleur, il s\u2019isole, poussi\u00e9reux, dans la r\u00e9ciprocit\u00e9 des demandes, un exemple de bon \u00e9l\u00e8ve. Semblant de mal-\u00eatre face \u00e0 une danoise na\u00efve tomb\u00e9e sous le charme du beau parleur sauveur de l\u2019humanit\u00e9, il fuit derri\u00e8re les persol de Steeve McQueen offertes par Elle, protectrice du bleu de ses yeux. Le moustique, nuisible juv\u00e9nile imbu de sa personne, s\u2019installe toujours \u00e0 la meilleure place. Imbuvable oui ! Et dire qu\u2019\u00e0 la fin tout le monde applaudit, sauf Elle, \u00e9videmment. Le spectacle est un d\u00e9sastre d\u2019hypocrisie en tout genre. Pas \u00e9tonnant que les lamas, oreilles rabaiss\u00e9es, leur crachent dessus. Elle fait de m\u00eame en secret, dans ses r\u00eaves. Ainsi perdure l\u2019exploitation des hommes en cage fumant du gasoil \u00e0 toute allure dans un d\u00e9cors paradisiaque.<\/p>\n<p>Lui : \u00ab\u00a0Si le monde parlait Esperanto, il n\u2019y aurait pas eu de probl\u00e8me et tu aurais compris !\u00a0\u00bb<br \/>\nElle : \u00ab\u00a0Pouvons nous changer de sujet pour les vacances ?\u00a0J\u2019aurais de toute fa\u00e7on pris le temps n\u00e9cessaire.\u00a0\u00bb<br \/>\nLe moustique : \u00ab\u00a0D\u2019apr\u00e8s mes notes, nous devons absolument faire les comptes ce soir car les \u00e9carts se creusent. Je vais faire une petite sieste. \u00bb<br \/>\nLui : \u00ab\u00a0C\u2019est pr\u00e9vu.\u00a0\u00bb<br \/>\nElle : \u00ab\u00a0On nous prend vraiment pour des cons. J\u2019ai envie de tout casser. Et toi qui ignore\u2026 Tout \u00e7a pour ne pas transporter ce sac tiss\u00e9 d&rsquo;inutilit\u00e9 frappante ! \u00bb<\/p>\n<p>Il faut croire que l\u2019envie d&rsquo;Elle a eu l\u2019\u00e9cho andin souhait\u00e9 car sur le chemin du retour les fameuses voitures tombaient en panne comme des petites miettes sem\u00e9es les unes apr\u00e8s les autres et un accident \u00e0 la gravit\u00e9 g\u00eanante l\u2019emp\u00eacha par la suite de penser au pire. On ne sait jamais trop la r\u00e9percussion de nos d\u00e9sirs cach\u00e9s.<\/p>\n<p>Un invit\u00e9 surprise nomm\u00e9 plastique, incontestablement pr\u00e9sent, d\u00e9range et surcharge les immensit\u00e9s. Ils ont les lignes de Nasca aux surprenants dessins ineffa\u00e7ables coup\u00e9es par la ligne panam\u00e9ricaine bord\u00e9e de poubelles abandonn\u00e9es, qu\u2019auront-ils demain au bout de leur ligne ? La nature est belle l\u00e0 o\u00f9 l\u2019homme n\u2019est pas. Pauvre Pachamama pourtant adul\u00e9e \u00e0 chaque coin de rue peupl\u00e9e de chiens d\u00e9laiss\u00e9s. La culture, un cas \u00e0 part, est souill\u00e9e par ses contemporains politiques aux sourires corrompus affich\u00e9s honteusement sur les murs. Le cola jaune a la publicit\u00e9 assur\u00e9e et engrosse consid\u00e9rablement la population ; fiert\u00e9 p\u00e9ruvienne nationale en sucre oui. Que reste-t-il de leurs incas ? Une devise sans doute, \u00ab\u00a0ama sua, ama quella, ama llulla\u00a0\u00bb : ne pas voler, ne pas paresser, ne pas mentir. Dans les villes, certaines femmes descendent des montagnes coiff\u00e9es de deux longues tresses noires retenues par d\u2019originaux pompoms color\u00e9s. Un chapeau plus que symbolique habille leurs traditionnels v\u00eatements et un large tissu recouvrant leur dos transporte tricots et objets destin\u00e9s au tourisme de masse. L\u00e0 haut, les hommes savent cultiver en terrasses riches de diversit\u00e9, moutons gard\u00e9s, habits tach\u00e9s, tandis que les exploitants assomment leur rendement. Certains vont encore \u00e0 la mine, dure r\u00e9alit\u00e9. Les dents de leur sourire transmettent la gentillesse. Les yeux rident leur peau pigment\u00e9e de soleil. En ville, les klaxons aboient, les pots d\u2019\u00e9chappement puent, les collectifs crient \u00e0 l\u2019appel et la mis\u00e8re semble la m\u00eame sur tous les visages. Pour ne pas couler, le lago Titicaca impressionne loin des sales rivages abritant de curieux \u00e9chou\u00e9s. Sur les \u00eeles, ils se r\u00e9fugient et Elle mange sainement, enfin. Depuis l\u2019arriv\u00e9e, Lui et Le moustique clament les menus \u00e0 huit soles des boui boui locaux, ignorants du contenu de leurs assiettes. Pourtant, Elle connait et avertit, au vu de l\u2019hygi\u00e8ne non pr\u00e9sente, il vaut mieux \u00e9viter. Rien n\u2019y fera, ils s\u2019engouffrent mutuellement dans un manque de bon sens \u00e9ducatif. Le r\u00e9sultat est sans \u00e9quivoque : l\u2019intoxication accable la nuit suivante, miam, miam le cuy.<\/p>\n<p>Elle : \u00ab\u00a0Je te signale que la nourriture respect\u00e9e de pr\u00e9paration m\u2019importe toujours autant. En France on ose \u00e0 peine mettre les pieds dans une brasserie \u00e0 la d\u00e9coration douteuse et ici on s\u2019attable dans des garages \u00e0 mouches aux murs enduits de friture et de noirceur \u00e0 la provenance inconnue ? \u00bb<br \/>\nLui : \u00ab\u00a0Je ne suis pas disponible pour une discussion !\u00a0Tu ne vois pas que j\u2019ai de la fi\u00e8vre en plus des vomissements \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition ? \u00bb<br \/>\nElle : \u00ab\u00a0Rassure-toi, tout le monde dans cette chambre est malade !\u00a0\u00bb<br \/>\nLe moustique : \u00ab\u00a0On ne pourra pas se lever demain pour le vol du condor, impossible, c\u2019est trop t\u00f4t vu notre \u00e9tat.\u00a0\u00bb<br \/>\nElle, trop polie pour dire ses quatre v\u00e9rit\u00e9s \u00e0 monsieur Le moustique, histoire de ne pas le blesser inutilement, pense \u00e0 une r\u00e9plique piquante de soulagement sirotant son mate de coca : \u00ab\u00a0si tu passais moins de temps \u00e0 dormir et un peu plus \u00e0 ce qui peut rendre un p\u00e9riple sympathique \u00e0 trois au-del\u00e0 de ta petite personne, tu d\u00e9ambulerais les rues \u00e0 l\u2019aff\u00fbt de la perle rare dress\u00e9e pour de bons mets au lieu de ramener sans cesse tes ailes comme une Castafiore aux p\u00e9r\u00e9grinations douteuses ! \u00bb<br \/>\nLui : \u00ab\u00a0Ah\u2026 j\u2019ai trop mal\u2026 Demain, j\u2019arr\u00eate les glaces.\u00a0\u00bb<br \/>\nElle : \u00ab J\u2019appelle un m\u00e9decin. Bois plus d\u2019eau.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>A trois l\u2019accord est difficile, surtout de proche en proche. Elle abandonne toute sociabilit\u00e9 \u00e9vidente laissant libre court \u00e0 la suite sans illusion de partage puisque Le moustique sait tout d\u2019avance quoi qu\u2019il en soit, m\u00eame discuter le fatigue, et Lui se cache sous son chapeau. Elle d\u00e9cide d\u2019accepter l&rsquo;\u00e9ph\u00e9m\u00e8re afin de rendre les choses moins \u00e9nervantes et encha\u00eene les \u00ab\u00a0pisco sour\u00a0\u00bb ironisant la grossi\u00e8ret\u00e9 de l\u2019\u00e9tiquette : touristes de pacotille. Les arbres lui manquent.<\/p>\n<p>Lui, gu\u00e9ri, calme ses ardeurs revenues d\u2019outre-tombe ; Le moustique a beaucoup trop fatigu\u00e9 l\u2019ou\u00efe. Subs\u00e9quemment, fort en pens\u00e9es, Lui remue ses m\u00e9ninges pour solutionner les droits de chacun tandis que son sac demeure importable. La raison n\u2019est pas l\u00e0 o\u00f9 un glacier parfume. Impulsivit\u00e9 non contr\u00f4l\u00e9e, deux boules de glace au chocolat adoucissent les moeurs. Les minutes suivantes \u00e9tonnent d\u2019enfantillage. Pourvu que \u00e7a dure.<\/p>\n<p>Le moustique s\u2019en va, trompe trop \u00e9lev\u00e9e \u00e0 l\u2019aube de ses jours.<\/p>\n<p>De virages en descentes, la douce harmonie se r\u00e9v\u00e8le silencieuse : Elle et Lui continuent l\u2019aventure dans un tourbillon d\u2019amour trop \u00e9prouv\u00e9. Lui recommence \u00e0 croquer des bouts de pomme pour la nourrir afin de ne pas ab\u00eemer ses gencives trop sensibles. Elle lui redonne des petits noms d\u2019animaux in\u00e9vitablement craquants. Ils rigolent de complicit\u00e9 retrouv\u00e9e et po\u00e9tisent leur avenir. Un soir d\u2019\u00e9toiles suspendues \u00e0 l\u2019autre bout de la Terre, il lui souffle \u00e0 l\u2019oreille : \u00ab\u00a0dessine-moi un mouton\u00a0\u00bb. Le coeur s\u2019emballe d\u2019envie quand soudain un bruit familieR d\u00e9note. Elle s\u2019inqui\u00e8te ; ils \u00e9coutent : \u00ab\u00a0un moustique !\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00a9 Emilie Z\u00e9beRt<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lui s\u2019est tromp\u00e9 de sac pour voyager, nous aviserons sur place, pense-t-il, sans gravit\u00e9. L\u00e0-bas semble solutionner le probl\u00e8me d\u2019ici, l\u2019erreur para\u00eet futile de loin cependant Elle sait d\u2019avance l\u2019ampleur du drame qui assombrira l\u2019horizon de petits d\u00e9tails tels qu\u2019un sac inconfortable pour avancer des montagnes andines \u00e0 la c\u00f4te pacifique. 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