{"id":195,"date":"2016-02-15T16:22:19","date_gmt":"2016-02-15T15:22:19","guid":{"rendered":"http:\/\/emilie.paris\/blog\/?p=195"},"modified":"2020-02-26T13:04:54","modified_gmt":"2020-02-26T12:04:54","slug":"ode-naturelle","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/emilie.paris\/blog\/2016\/02\/15\/ode-naturelle\/","title":{"rendered":"Ode naturelle"},"content":{"rendered":"<p>Le matin, nous cueillons les tomates charnues et ligneuses de bonne vieillesse que la tige velue d\u00e9lie de son extr\u00e9mit\u00e9. Le rouge pimente notre humeur calqu\u00e9e sur les environs brumeux d\u2019une aurore nouvelle. Pudiquement observ\u00e9es, les formes intensifient leurs caract\u00e8res. Doucement, un huileux parfum embaume les fr\u00e9tillantes papilles au r\u00e9veil accus\u00e9 de r\u00e9ception. Point de virulence, ici nous patientons. L\u2019\u00e9coute du regard fige notre \u00eatre, spectateur actif d\u2019un tableau naturellement riche en devenir. Artichauts, aubergines, persil, oignons et basilic cohabitent dans les rangs fleuris d\u2019oeillets d\u2019Inde et de bourraches orn\u00e9es de cinq p\u00e9tales d\u2019un bleu joyeux \u00e9pousant cinq \u00e9tamines \u00e0 longues anth\u00e8res provocantes de la corolle. Les bourraches sont le vingt-troisi\u00e8me jour du mois de flor\u00e9al \u00e0 la lecture du calendrier r\u00e9volutionnaire fran\u00e7ais. Nos boutons s&rsquo;\u00e9panouissent en cette p\u00e9riode de paix. L\u2019essence m\u00eame du r\u00e9publicain sentie par Fabre d\u2019Eglantine mesurant les jours non pas \u00e0 de pr\u00e9tendus saints, duperie abrutissante et hasardeuse, mais bel et bien \u00e0 un v\u00e9ritable tr\u00e9sor : la nature. Dans ton jardin Georges, \u00ab\u00a0il pleut, il pleut, berg\u00e8re\u00a0\u00bb. La magie incite ces bourraches velues \u00e0 convaincre nos charmantes limaces d\u2019aller voir ailleurs tandis que la salamandre friande les attend lentement mais s\u00fbrement, rh\u00e9toricienne sans scrupules de la long\u00e9vit\u00e9 ! En effet, le temps de le prendre se pose. Les tomates grossissent \u00e0 l\u2019unisson au coeur d\u2019un bouquet bienveillant de compagnons de survie. Les coloris du tableau animent les abeilles du mois de germinal.<\/p>\n<p>La pomme du ver rougit au gr\u00e9 des caprices saisonniers. Fruit tomb\u00e9 r\u00e9tracte le museau initi\u00e9 du h\u00e9risson d&rsquo;apr\u00e8s-midi aux recherches incessantes dans l&rsquo;astre de ses besoins. Si le trois novembre le topinambour r\u00e9galait notre savoir, telle une r\u00e9f\u00e9rence annuelle, nous \u00e9viterions bien des oublis ! Je suis n\u00e9e le jour du girofle du mois illustr\u00e9 par le mulet, pattes aux gu\u00eatres de sauge, cerises dans le panier. La lavande en floraison patiente au soleil empli de promesse. \u00c0 la f\u00eate sont le bl\u00e9, le seigle et l\u2019avoine. Des mots que rat scie : nous sommes dans les choux et ce depuis notre sainte naissance. La France bourgeonnante cuit la civilit\u00e9 des jeunes pousses d\u00e9cor\u00e9e en b\u00e9ton arm\u00e9, cui-cui. Le bruit sourd de notre terre grogne ses profondeurs inlassablement puis\u00e9es lorsque l\u2019\u00e9ducation oublie la qualit\u00e9 de l\u2019\u00e9volution positive diss\u00e9quant autant de grenouilles rieuses, rousses, vertes ou des champs que d\u2019\u00e9l\u00e8ves. \u00ab\u00a0Et la douce brebis dont je porte l\u2019habit\u00a0\u00bb. A l\u2019instar de nos vies moul\u00e9es, nulle diversit\u00e9 dans nos prairies ni d\u2019amis aux courbes irr\u00e9guli\u00e8res d\u00e9bordantes d\u2019\u00e9nergie. Que ces rang\u00e9es de raisins sont vides et froides, vall\u00e9es aux vents ; hysope, haricots, g\u00e9raniums, origan, pois, ail et menthe sont tous pri\u00e9s d\u2019uniformiser leur talent pour la prochaine r\u00e9colte. De muguets en pens\u00e9es, le chevreuil du bois se souvient des p\u00eaches et prunes aux noyaux rejet\u00e9s docilement sur l\u2019herbe fra\u00eechement coup\u00e9e, m\u00e9sanges \u00e0 l&rsquo;aff\u00fbt. Ces pins dont les pignons ne racontent gu\u00e8re de salades, isol\u00e9s des landes, appr\u00e9cient pourtant bien la pr\u00e9sence de feuillus d\u00e9logeant chenilles processionnaires et autres nuisibles. Les tares humaines tracent une \u00e8re industrielle destructrice et assassine de nos vers pr\u00e9cieux non \u00ab\u00a0politic\u2019autruchistes \u00bb.<\/p>\n<p>Agriculteurs, on n&rsquo;apprend pas aux vieux singes \u00e0 faire des grimaces, avalez donc vos couleuvres ; \u00e9leveurs, nourrissez vos loups et vous serez bien gard\u00e9s ; mara\u00eechers, viticulteurs, point de sarments, vous avez tu\u00e9s nos terres. La vache \u00e0 lait arrose vos corps de m\u00e9chantes affaires, fruits et l\u00e9gumes luisent sur vos \u00e9talages de faux semblants et ces pauvres chairs saignent en rang au rayon frais de vos culpabilit\u00e9s. Monstres de la nature aux sillons d\u2019avarice contemporaine, lorsque les poissons tomberont du ciel, vos t\u00eates pollu\u00e9es ne sauront o\u00f9 trouver refuge. J&rsquo;\u00e9plucherai la poire de mon ami et la pomme de mon ennemi. Le potager de mes envies sentira la violette de Colette et mes jours chanteront la semence de mes graines paysannes. L\u2019amour \u00e0 table, Valentin ton mois fleurit de perce-neige, de buis, de noisetiers, d\u2019ifs et aujourd\u2019hui de gu\u00e8des d\u00e9tr\u00f4n\u00e9es par de foutus colorants de synth\u00e8se. En pluvi\u00f4se aime qui ose ! Et bien soit, je d\u00e9clare mon amour aux palombes chass\u00e9es, aux chevaux esclaves, aux l\u00e9vriers battus, aux poussins morts n\u00e9s, aux thons noy\u00e9s, aux cochons pendus, aux souris de laboratoire et \u00e9l\u00e9phants sans d\u00e9fenses. Rois de la peste, ici, de nos cultures, j\u2019utiliserai vos engins pour broyer vos euros \u00e0 l\u2019\u00e9veil de la monnaie libre. Amis, je veux bien jouer la bonne poire bossue car voici ma chute : l\u00e0 o\u00f9 marcheront mes pieds nus, je cultiverai une botte de mots app\u00e9tissants et sacr\u00e9s de respect pour la carotte de mon d\u00eeneR.<\/p>\n<p>\u00a9 Emilie Z\u00e9beRt<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le matin, nous cueillons les tomates charnues et ligneuses de bonne vieillesse que la tige velue d\u00e9lie de son extr\u00e9mit\u00e9. Le rouge pimente notre humeur calqu\u00e9e sur les environs brumeux d\u2019une aurore nouvelle. Pudiquement observ\u00e9es, les formes intensifient leurs caract\u00e8res. Doucement, un huileux parfum embaume les fr\u00e9tillantes papilles au r\u00e9veil accus\u00e9 de r\u00e9ception. 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