{"id":185,"date":"2016-01-19T15:59:41","date_gmt":"2016-01-19T14:59:41","guid":{"rendered":"http:\/\/emilie.paris\/blog\/?p=185"},"modified":"2020-03-27T08:55:03","modified_gmt":"2020-03-27T07:55:03","slug":"la-fleur-au-fusil","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/emilie.paris\/blog\/2016\/01\/19\/la-fleur-au-fusil\/","title":{"rendered":"La fleur au fusil"},"content":{"rendered":"<p>Il \u00e9tait une fois les premiers jours, centim\u00e8tres, combats organiques, puis le cri du commencement. Henri Lejeune est un tour de magie. N\u00e9 le 19 janvier 1951, poids plume de 4,200 kilogrammes \u00e9merveillant l\u2019horloge point\u00e9e de ses aiguilles sur le X et le II, il est l&rsquo;illustration parfaite d\u2019un sourire pour les heures que son grand-p\u00e8re aime \u00e9couter par le biais du service t\u00e9l\u00e9phonique en haut parleur : au quatri\u00e8me top, il sera exactement l\u2019atmosph\u00e8re active d\u2019un pass\u00e9 qui n\u2019est plus. \u00ab C\u2019est la premi\u00e8re fois qu\u2019on me traite d\u2019atmosph\u00e8re\u00a0! \u00bb. La r\u00e9plique est d\u2019\u00e9poque, la suite c\u2019est Arletty criante sur un pont\u2026 Chez P\u00e9p\u00e9, on m\u00fbrit la cueillette de framboises au bout du fil. Premi\u00e8res dents coquines de grignotage en tout genre et quelques mots d\u2019embrouille font valser la famille. C\u2019est ainsi qu\u2019op\u00e8re sans tarder le charme du mauvais gar\u00e7on. Henri c\u2019est Toto, le r\u00f4le qui lui colle \u00e0 la peau attribu\u00e9 par un de ces voisins t\u00e9moin de la rouerie infantile et coutumi\u00e8re. Au d\u00e9but, les grands comptent pour les acteurs principaux de leur \u00e9poque. Chaque instant agr\u00e9mente d\u00e9mesur\u00e9ment l\u2019avanc\u00e9e d\u2019une vie, Toto en fait des histoires intenses de partage. Pas un temps mort ou une minute de r\u00e9pit, il ne le supporterait pas de toute fa\u00e7on. Et lorsqu\u2019il ne fait pas des siennes, les aventures viennent \u00e0 lui au galop dans un paysage congolais, destin acharn\u00e9 de p\u00e9rip\u00e9ties curieuses et hors du commun. A 8 ans, une balle meurtri\u00e8re fr\u00f4le sa t\u00eate d\u00e9sob\u00e9issante sur le pont d\u2019un bateau. Il aime toutes les filles \u00e0 10 ans, en particulier sa m\u00e8re avant tout femme de son p\u00e8re qui porte le m\u00eame pr\u00e9nom. Entour\u00e9 de trois soeurs et un petit fr\u00e8re, il entretient sa renomm\u00e9e \u00e0 la sortie des sentiers battus, copains \u00e0 b\u00e2bord. Ado, les sens croisent l\u2019horizon d\u2019un bel homme grand, brun, t\u00e9n\u00e9breux au coeur tendre que l\u2019enfant terrible ne quittera jamais.<\/p>\n<p>54 ans d\u2019\u00e2ge, le 5 f\u00e9vrier 2005, Toto r\u00e9pond enfin \u00e0 mon dixi\u00e8me appel de la soir\u00e9e : \u00ab\u00a0je t\u2019aime Emilie, c\u2019est fini.\u00a0\u00bb<br \/>\nDepuis, il est l\u2019\u00e2me eRRante de ma vie tir\u00e9e par cette balle perdue \u00e9touffant son \u00e9moi.<\/p>\n<p>Toto avait une puce apprivois\u00e9e dans son paquet de cigarette qui, d\u00e8s qu\u2019elle me voyait, sortait le bout de son nez. Une patte en bois la caract\u00e9risait suite \u00e0 une op\u00e9ration vitale au microscope qui la sauva d\u2019une blessure. Boiteuse de ce fait, elle rebondissait, enjou\u00e9e, sans que je puisse l\u2019apercevoir ne serait-ce qu\u2019une seconde ! N\u00e9anmoins, un apr\u00e8s-midi d\u2019\u00e9t\u00e9 caniculaire, \u00e0 force d\u2019attention, je l\u2019ai vue, l\u00e0, point\u00e9e par le doigt indicatif de son ma\u00eetre, \u00e0 l\u2019aff\u00fbt du moindre mouvement : elle a saut\u00e9 dans mes cheveux. La joie engendra un c\u00e2lin r\u00e9confortant face aux doutes latents quant \u00e0 la sinc\u00e9rit\u00e9 des propos de Toto. Il ne fallait surtout pas l\u2019\u00e9craser, la puce \u00e0 la fragilit\u00e9 certaine savait piquer de douceur. Son appartement li\u00e9geois \u00e9tait tapiss\u00e9 de bandes dessin\u00e9es en tout genre, les Lejeune sont des collectionneurs, lui toujours plus que les autres. Les derniers jeux en vogue ornaient son salon chaleureux, les pi\u00e8ces d\u2019\u00e9checs en rang\u00e9es paraissaient immense \u00e0 travers le cristal des carafes destin\u00e9es aux bouteilles rares de la chasse aux tr\u00e9sors mill\u00e9sim\u00e9s. Tout ce dont r\u00eavaient les enfants se c\u00f4toyait chez Toto et Elliot, son labrador beige, une caresse de gentillesse. Les couleurs intensifiaient la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9. Une promenade en quatre-quatre et nous voici tous deux, amoureux, main dans la main, en visite annuelle chez les commer\u00e7ants du coin, enchanteurs de cadeaux pour maman, sa soeur aim\u00e9e. J\u2019\u00e9tais sa fianc\u00e9e du jour et les femmes me regardaient d\u2019envie du haut de mes 12 ans. Nombreuses \u00e9taient les actrices de ses d\u00e9rives, je le sentais bien. Il aimait d\u00e9corer les int\u00e9rieurs la main sur le coeur mais lui, je me demande qui le d\u00e9corait vraiment. La force impressionnante de ses bras fa\u00e7onna ma vieille maison du sud en un chef d\u2019oeuvre de bien \u00eatre. J\u2019admirais, \u00e9merveill\u00e9e, son visage et ses grandes mains laborieuses. Son ventre grossissait au fil des mets et ses cheveux s\u2019\u00e9claircissaient quand je grandissais. Je ne lui connaissais que les chaussures bateaux pour ses petits pieds. Les surprises envahissaient nos retrouvailles grandioses, trop \u00e9loign\u00e9es, h\u00e9las, les unes des autres.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9ternit\u00e9 de ces sentiments momentan\u00e9s \u00e9blouit inlassablement mes yeux de filleule.<br \/>\nLe grand homme n\u2019e\u00fbt jamais d\u2019enfant, il n\u2019en demeure pas moins un papa de mes jours heureux.<br \/>\nAujourd\u2019hui, je songe \u00e0 son immense trou dans le corps.<\/p>\n<p>Il est mille fois mon passionn\u00e9. Adulte, Toto plonge souvent dans les profondeurs \u00e9tourdissantes de l\u2019humanit\u00e9. Inconsolable de s\u00e9parations douloureuses, victime de ses propres qualit\u00e9s, on ne peut tout aimer sans peiner quelques uns qui nous peineront en retour. Lorsqu\u2019il remonte \u00e0 la surface, la respiration exige l\u2019acceptation du temps qui passe et de ceux qui ne comptent plus pour nous. Oh ! Mon cher Toto ! Je sais maintenant le chagrin d\u2019indignit\u00e9 familiale, l\u2019absence de ceux qui balan\u00e7aient l\u2019\u00e9quilibre, la particularit\u00e9 d\u2019un caract\u00e8re \u00e0 part enti\u00e8re. Je connais cette femme coupable de m\u00e9chancet\u00e9 pour le pire. Le malheureux poison coule en toi, la trag\u00e9die afflue abondamment pomp\u00e9e par le courant infaillible de ne plus \u00eatre \u00e0 la hauteur des sommets atteints autrefois. C&rsquo;est tellement facile pour ceux qui ne se sentent jamais coupable de rien ; combattre ses propres d\u00e9mons plus que de raison est la pire des mortalit\u00e9s. Ton oncle s\u2019est noy\u00e9, les aiguilles du temps du vieux P\u00e9p\u00e9 ne parlent plus, et toi, mon parrain, tu coules sans bou\u00e9e dans le rouge criminel d\u2019une balle stri\u00e9e de vuln\u00e9rabilit\u00e9. Finalement ton d\u00e9sespoir a la force d\u2019offenser les pires d\u2019entre nous, l\u2019impact est d\u00e9cisif. Le chant des baleines ondule dans mes oreilles, aupr\u00e8s de lui j\u2019entends ta peine scandaleuse et enivrante de puissance. Le massacre des baleines maintenant proscrit de justesse, qui donc aurait pu te lib\u00e9rer ? Je me bats pour elles comme pour toi car il n\u2019y a plus assez de toi dans les alentours, je ne suis plus couv\u00e9e, vois-tu ? En s\u00e9quence sans con, je d\u00e9core en ta m\u00e9moire mon int\u00e9rieur de beaux tissus, de fleurs au fusil et balle \u00e0 blanc. J\u2019esp\u00e8re un jour te rendre la pareille, dans une autre vie, ailleurs, l\u00e0 o\u00f9 tu seras. Maman est pr\u00e9cieuse de fragilit\u00e9 brute, c\u2019est un peu mon diamant de votre Afrique ; mon oncle, tu as toujours son \u00e9clat \u00e0 la place du tRou au c\u00f4t\u00e9 gauche.<\/p>\n<p>Toto, je t\u2019aime aussi.<\/p>\n<p>\u00a9 Emilie Z\u00e9beRt<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Parfois, lorsque je levais les yeux vers elle, assis derri\u00e8re la table, dans mes culottes courtes, il me semblait que le monde n&rsquo;\u00e9tait pas assez grand pour contenir mon amour.\u00a0\u00bb Romain Gary.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il \u00e9tait une fois les premiers jours, centim\u00e8tres, combats organiques, puis le cri du commencement. Henri Lejeune est un tour de magie. N\u00e9 le 19 janvier 1951, poids plume de 4,200 kilogrammes \u00e9merveillant l\u2019horloge point\u00e9e de ses aiguilles sur le X et le II, il est l&rsquo;illustration parfaite d\u2019un sourire pour les heures que son &hellip; <a href=\"http:\/\/emilie.paris\/blog\/2016\/01\/19\/la-fleur-au-fusil\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">La fleur au fusil<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":true,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_feature_clip_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2},"jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-185","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p6slt6-2Z","_links":{"self":[{"href":"http:\/\/emilie.paris\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/185","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/emilie.paris\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/emilie.paris\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/emilie.paris\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/emilie.paris\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=185"}],"version-history":[{"count":40,"href":"http:\/\/emilie.paris\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/185\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":961,"href":"http:\/\/emilie.paris\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/185\/revisions\/961"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/emilie.paris\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=185"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/emilie.paris\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=185"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/emilie.paris\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=185"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}